Quelques réflexions après 20 mois sans alcool. 1ere partie. Le voyage au fond du gouffre.

Le 14 décembre 2012, je sortais de St Anne après un dernier sevrage. Autant vous dire que je ne savais pas que c’était le dernier (enfin, j’espère et je fais tout pour). IL est temps, je crois, de livrer mes pensées sur ce que ces mois m’ont enseigné. Ne serait-ce que pour que vous sachiez a quoi vous attendre si un jour, et je prie sincèrement pour qu’il n’arrive jamais. Bien sur, ce n’est pas la même chose pour tout le monde. Certains réagiront différemment. Colère, joie, impossibilité de faire face au nouveau Moi. Celui sans béquilles. Sans « le divin Soma » qui vous anesthésie les neurones, calme la peine, fait de vous un surhomme vous fait voir la vie en rose avant de vous transformer a plus ou moins long terme en idiot pleurnichant, accroît votre peine physique et morale et vous transforme en un homme au potentiel accru de faire souffrir les autres et soi même.

Je suis passé par là. Du verre sympa avec les copains, du digestif vous faisant sortir d’un bon repas en soupirant d’aise, des centaines de lignes écrites sous ivresse et qui; ceci dit en passant, n’étant pas un Baudelaire, ou un Rimbaud ou un Hemingway, ne valaient pas plus que le papier fait pour se torcher les parties intimes.

Avant de vous parler du présent, revenons un instant sur mes années d’ivresse.

Non, je n’ai pas l’excuse d’avoir des parents alcooliques. Des parents qui consommaient modérément. Peut être un peu plus lors des fêtes ou le week-end? Mon grand-père avait pris le goût du vin dans les tranchées de la Somme, mais je ne les ai jamais vu abuser de la bouteille.
Non je n’étais vraiment pas « fils d’alcoolique ».

En fait, je n’aimais pas l’alcool enfant. Je détestais ça. L’odeur du vin dans les verres en fin de repas me soulevai le cœur. Et les babas au rhum, non merci. Je les sentais d’un kilomètre. Puis les goûts changent. On essaye des choses nouvelles, on veut faire preuve de politesse. Un peu de champagne a Noel, on goûte une bière avec les amis, et du fait, ce n’est pas désagréable Ca rafraîchit, on apprécie un bon vin, surtout avec un bon fromage. Les effets ne sont pas désagréables, se sentir un peu gris, on ri encore plus fort, les complexes fondent. Par contre, je n’ai jamais aimé la grande ivresse. Boire pour se « saouler la gueule », non merci, pas pour moi. Mon alcoolisme est venu de manière plus perverse. À part la boisson entre ami ou en famille. La boisson festive, je suis petit à petit venu;  tombé? Dans l’alcool réconfort. Je ne vous détaillerai pas les causes. Elles sont nombreuses. Amours déçues, échecs professionnels, difficiles souvenirs d’enfance, mauvaise image de moi même, il y avait de nombreuses raisons. ATTENTION, ce sont des raisons! Je ne cherche pas a en faire des excuses. Ne me plaignez pas. J’aurais été plus fort, (tentation ici d’ajouter « si j’avais pu ») je n’en serais pas arrivé là.

Où est-ce? LA?
Une descente en enfer.
Lente au début. Tranquille, sournoise. On boit un peu plus, on aime bien sa bouteille de vin au dîner. Le quart de vin au déjeuner vite transformé en un demi. Avec un apéritif avant. Et puis c’est le week-end! On sort, on se fait une petite fête (seul d’ailleurs, car il y a bien longtemps que les amis sont mariés, partis, ou font des heures sup.)

Le stress de la vie vous devient vite de plus en plus insupportable. ET pour cela, j’avais mon compte. Mon travail en horaires décalés, gérant des pannes toujours urgentes, la paresse de certains collègues et les clients qui vous saoulent… Alors, dès qu’on peut, on se saoule si je peux me permettre ce mauvais jeu de mots.

En fait, je dois dire, j’ai eu beaucoup de chance. Je n’ai jamais été ouvertement ivre. À qui ne me connaissait pas, (dont sans doute moi-même) je donnais le change. Performant, amusant, amical avec les autres, rien n’a redire. Cela m’a sauvé la mise pendant des années.

Mais ça n’a qu’un temps. Ayant perdu mon emploi (pratique pour consommer en paix…) je me suis mis a dépenser sans compter. Non que j’étais un parangon de vertu pour faire des économies! Loin de la. Mais mon indemnité de licenciement est partie en un clin d’œil. Voyages, restaurants, matériel photo, boisson bien sur! Et quand le pactole fut épuisé, il restait le crédit. (il restera l’ardoise comme chantait Jacques Brel dans « Jef »)

Résultat, surendettement. Ça n’a pas pris longtemps. 4/5 ans?

Et la boisson qui augmentait de plus en plus. À ce moment la je n’avais pas encore réalisé que j’avais un «problème avec l’alcool ». J’ai retrouvé un emploi. Dans le même domaine. Et avec encore plus de stress.

J’ai été lamentable. Mal dans ma peau, paresseux, stressé au plus haut point. À la bouteille du soir s’est rajoutée celle du matin. Avant le départ au travail. Le demi de vin est devenu 2 au déjeuner et la bouteille du soir est devenue l’apéritif est devenu double. Plus les petits whiskys en rentrant et puis… Et puis…..

Je m’endormais au bureau, dans les transports, le matin, j’attendais l’ouverture du supermarché a 8 h tellement j’avais « soif » et les tremblements sont venus. Les sueurs, les trous de mémoire. Parfois, en état de manque, je ne pouvais même plus tenir mon verre. Il me fallait une paille.

Bien sur le travail a pâti. Les remarques sur mes performances se sont faites plus acerbes. La dépression était bien la depuis longtemps et un jour, j’en ai eu assez. J’ai essayé d’en finir. Les boîtes de pilules et alcool n’ont pas suffi. Premier séjour a St Anne. 1 mois. Retour au travail rechute. Je suis retourné aux urgences pour demander un autre sevrage. Encore un échec Rechute et nouvelle tentative de suicide.

Mon employeur m’a licencié. (il avait bien raison)

À la fin, j’en étais a 5 bouteilles de vin plus les apéritifs et les a cotés. Je devais me lever la nuit pour boire. Je prenais mes précautions. Toujours avoir de l’alcool a la maison. Je ne devais plus être sobre jusqu’à ma dernière entrée a l’hôpital. Le 20 novembre 2012.

Pendant tout ce temps, personne dans mon entourage ne s’est aperçu de rien. Ma mère qui vie avec moi non plus. (heureusement pour elle d’ailleurs) Il faut dire que jetait un alcoolique tranquille. Pas du genre a faire un esclandre, a me battre. Pas un seul problème avec la justice. Et par chance, je ne conduis pas!

Je m’étais blindé. Au moins 2 litres. Le temps que je passe aux urgences, attendent le temps qu’il me prennent, et qu’il me donne ma chambre au pavillon E, jetait dans un tel état de manque que j’ai cru mourir.

Les jours ont passé. Je ne me souviens pas de la première semaine. J’étais dans une sorte de brouillard.

Ai je pris LA grande décision pendant ces presque 30 jours? Non. Mais le temps était venu. Les médecins et les traitements on aidés aussi.

Dans la deuxième partie, je vous raconterai l’après.

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